« 24 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 85-86], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2359, page consultée le 06 mai 2026.
24 mai [1836], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon cher adoré, bonjour mon amour, bonjour mon bien-aimé. Il y a déjà
longtemps que je t’ai dit bonjour du fond de l’âme mais Mme Guérard est arrivée au moment où
j’allais t’écrire. Elle est restée une heure à me dire des billevesées plus
insignifiantes les unes que les autres. Enfin elle est partie.
Tu n’es pas venu,
mon chéri, et j’ai eu bien de la peine à m’endormir. Il me semblait toujours que tu
allais venir et je voulais être éveillée pour ne pas perdre un seul de tes pas mais
tu
n’es pas venu et je me suis endormie bien triste, bien triste. Si j’étais bien sûre
que nous ferons notre petit voyage bientôt, peut-être serais-jea moins triste encore. Ce serait la
même chose, le bonheur en perspective ne peut pas me consoler de la perte du bonheur
présent. J’ai trop besoin de toi, de ton amour, pour me payer d’aucune raison quand
tu
me manques.
Il fait bien maussade aujourd’hui. Tu devrais bien en profiter pour
venir passer la journée avec ta pauvre vieilleb Juju. Nous serions bien heureux et nous aurions une belle
journée quel que soit d’ailleurs l’état de l’atmosphère.
Je t’aime, mon Victor.
Je t’aime. Je fais tout mon possible pour que tu ne t’aperçoivesc pas de mon gros chagrin parce que
je ne veux pas te préoccuperd
pendant que tu travailles, mais je suis bien triste, va, et je t’aime de toute mon
âme.
J.
a « serai-je ».
b « vielle ».
c « apperçoive ».
d « préocuper ».
« 24 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 87-88], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2359, page consultée le 06 mai 2026.
24 mai [1836], mardi soir, 8 h. ½
À la manière dont tu m’as quittéea
ce soir, mon cher petit homme, je compte peu te revoir, car tu étais trop occupé
malgré les efforts apparents que tu faisais pour me le cacher. Pauvre âme, je suis
trop raisonnable et je t’aime trop pour ne pas me résigner dans des occasions comme
celle-ci. Je ne t’attendrai donc pas, ou plutôt je t’attendrai plus que jamais, et
mille fois tant mieux. Si tu viens, je me coucherai et je travaillerai dans mon lit comme j’ai fait hier, c’est très commode pour penser
à son Toto chéri. Et puis on est toute portée dans le cas où
le Toto aurait une bonne petite réminiscence.
Je vous
aime, vous. Je viens faire une petite grimace significative
à laquelle vous ne répondez seulement pas, ce qui me ferait grand honte si j’étais à votre place et que vous fussiez à la mienne. Je vous
souhaite le bonsoir et la bonne nuit, mon vieux petit homme
chéri. Je désire que vous soyez assez bien avisé pour venir me surprendre mais je
ne
le crois pas.
Je vous aime, vous savez, et puis je vous aime encore plus
qu’avant, ce que vous ne saviez pas, ni moi non plus.
Juliette
a « quitté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
